La Source de Sarmery et les Légendes de Dolaincourt

De tout temps les humains ont cherché des remèdes à leurs maux, conventionnels ou non, ce qui avait pour réputation de soigner a toujours attiré les foules !

C’est ce qui est arrivé à la source de Sarmery au siècle dernier. Laissez moi vous raconter son histoire, mais aussi sa légende ! 

 Un peu d’histoire

Dolaincourt est une jolie petite commune Lorraine située dans l’Ouest des Vosges, tout près de la ville de Neufchâteau. Typique de la région, on peut notamment y admirer un moulin, une très belle église, et des calvaires.

Nous avons déjà beaucoup évoqué ce secteur sur mon site avec les dossiers sur Grand, Domrémy, Châtenois et plus récemment Soulosse-sous-Saint-Elophe.

Passons donc directement à ce qui nous intéresse dans cet article : l’étonnante source de Sarmery !

Une Source Miraculeuse

C’est en 1849 que l’aventure a commencé à Dolaincourt, lorsqu’un maréchal-expert (ou vétérinaire empirique) du nom d’Auguste Voirin a décidé de faire analyser l’eau de la fontaine de Sarmery.

Cette eau, à l’odeur désagréable d’oeuf pourri, s’est alors avérée contenir du sulfure de sodium. Ce qui lui a valu de susciter un grand intérêt dès sa publication par le docteur Haxo – secrétaire perpétuel de la Société d’émulation des Vosges.

Sarmery - Dolaincourt

La décision d’exploiter la source est prise, mais c’est en 1867 que son captage définitif est réalisé. Elle est ainsi mise à l’abris de toute infiltration d’eau superficielle grâce à une épaisse couche de béton et aux murs du puits.

C’est en Mars 1875 que François Millot, fils d’Elophe Millot le propriétaire du terrain sur lequel se trouve la source, obtient l’autorisation ministérielle de l’exploiter ! Et en 1878 le docteur Pierre Bertin rédige sa “Notice sur l’eau minérale naturelle de Dolaincourt”.

Il faut dire que l’eau de Sarmery possède des vertues étonnantes, elle permet notamment de soigner certaines pathologies grâce à l’action des sulfures en décomposition dans l’estomac du malade ! L’acide sulfhydrique produit est éliminé par les voies respiratoires et par la peau. Les bienfaits de cette eau sont constatés aussi bien pour guérir des bronchites, laryngites, pharyngites, pleurésies, asthme; comme les affections de la peau de type : acné, impétigo, herpès, eczéma, psoriasis… Sur son mode d’emploi il est écrit qu’on l’administre en boisson, gargarismes, pulvérisations, lotions, et injections. 

Cette eau sulfurée qui est très stable grâce à sa température froide a été commercialisée et exportée. La veuve d’Elophe Millot a fait construire en 1881 un joli petit chalet pour faciliter l’exploitation de l’eau de Sarmery.

Malheureusement, le débit de la source ne dépasse pas les 4 litres par minute, ce qui ne permet pas d’expédier plus de 3000 bouteilles par an. Cependant sa réputation attire les clients qui n’hésitent pas à faire des kilomètres pour se procurer des bouteilles.

A la fin du XIXème, la naissance du tourisme thermal attire de nombreuses personnes, Dolaincourt figure d’ailleurs dans des guides touristiques spécialisés. La source de Sarmery souhaite rivaliser avec les grandes stations thermales Vosgiennes comme Vittel, Contrexéville, Bains-les-Bains… Et c’est Charles Didot, un publiciste de Nancy, qui se charge de promouvoir les bienfaits de la source ! Il crée également un “Comité des Promenades” dans le but d’organiser des activités et des festivités en lien avec Sarmery.

Malgré ses nombreux efforts, monsieur Didot n’a jamais réussi à développer le tourisme dans la station qu’il décide de quitter en 1906.

4

Mais c’est après la première guerre mondiale que le thermalisme connaît une de ses plus grandes crises, Dolaincourt tombe quelque peu dans l’oubli… Malgré une tentative de reprise de l’activité par les héritiers d’Elophe Millot en 1935, la source de Sarmery peine à retrouver sa clientèle. 

Le pire reste pourtant à venir, puisqu’en 1940 les troupes allemandes de l’occupation investissent le chalet pour s’y installer avec leurs chevaux. Tout est détruit, la cheminée est jetée dans le trop plein, le robinet de la source est cassé ce qui entraîne la montée de l’eau du puits dans la cave ! Après l’occupation personne ne se décida à remettre le chalet en état.

Il faudra attendre 2009 pour voir la création de l’Association des Amis de Sarmery dans le but de sauver la source ! Avec l’aide de la Fondation du Patrimoine, de la région Lorraine, d’un financement européen et d’un appel aux dons, l’association a finalement été en mesure de restaurer le bâtiment qu’il est encore possible de visiter de nos jours grâce à eux !

Un Lien avec une Légende

Si la source a attiré les foules, ce que beaucoup ignorent c’est que le secteur est peut-être bien hanté par l’esprit d’une femme méchante que les habitants du coin qualifiaient d’ogresse et même de diablesse ! 

Celle que les gens appelaient la mère Carosse habitait un écart de Vouxey, au bord du Vair. Son hameau avait la réputation d’être un lieu de perdition, par superstition les gens le surnommaient le Boncourt de peur de prononcer son nom.

On raconte que la mère Carosse attirait les enfants du voisinage et qu’aucun des malheureux petits qui avaient été enlevés n’était jamais revenu… 

Il paraît qu’un jour, elle avait accueilli les trois enfants de la famille Maillard, fils d’un laboureur connu pour être un grand travailleur et un fervent croyant. La légende nous raconte que les petits n’ont pas été atteints par les sortilèges de la mère Carosse, ce qui la poussa à vouloir se débarrasser d’eux d’une autre manière. Après les avoir envoyés ramasser des glands dans la forêt de Miémont, la cruelle femme avait tenté de profiter de leur inattention pour les écraser à l’aide de la grosse roche qui se trouvait sur la falaise !

Heureusement pour les gamins un fait incroyable se serait produit au moment où la roche allait s’abattre sur eux, plutôt que de les écraser, elle s’ouvrit pour se refermer aussitôt sur la mère Carosse. ça serait de cette façon que le Boncourt aurait été englouti dans le Vair.

Si tout ceci est une légende, le Boncourt a réellement existé mais il n’en existe plus rien aujourd’hui. Le bois en face de la Marecarosse porte le nom de Champ de trois Mailles, et l’on raconte que les jeunes gens qui montaient sur la roche pour crier “Mère Carosse ! Vieille rosse !” auraient eu la mauvaise surprise de sentir la pierre trembler sous leurs pieds…

De la légende à la réalité il n’y a parfois qu’un pas… Un matin de février 1985, alors que des bûcherons travaillaient du côté du champ de trois Mailles, ils entendirent un grand fracas venant du Miémont ! Au même moment ils virent un oiseau blanc traverser le ciel et foncer vers le chalet de la source de Sarmery. La roche de Marecarosse venait d’éclater !!!

Certains racontent que ce serait l’âme de la mère Carosse qui aurait été finalement libérée, et qu’après avoir tenté de rejoindre le Paradis elle aurait été envoyée tout droit en enfer en passant par la source sulfurée de Sarmery…

Si l’on sait que c’est le gel qui est à l’origine de la disparition de la roche, ça reste tout de même une jolie légende qui reste liée à la source de Dolaincourt !

Fait amusant, un artiste avait conçu une carte publicitaire vers 1900 en faisant couler l’eau de la source sur la roche de Marecarosse sur son dessin.

Sorcière malgré elle…

Pour finir ce dossier je dois vous faire part d’une autre histoire liée à ce village. Il semblerait que Dolaincourt ait toujours eu un lien particulier avec les chevaux, on sait déjà que c’est un maréchal-expert qui a inventé la source de Sarmery, mais bien avant ça on soignait déjà ce noble animal à quelques pas de là seulement !

Durant le XVIème siècle les guérisseuses du pays de Châtenois envoyaient les chevaux malades à Dolaincourt pour leur faire accomplir un rite afin de guérir.

C’est près de l’église actuelle, qui était à l’époque la chapelle Saint-Genêt, que se trouve la fontaine Saint-Quirin. Les guérisseuses faisaient alors boire l’eau de cette fontaine à l’animal souffrant.

Fontaine Dolaincourt

Le cheval devait ensuite faire trois fois le tour de la chapelle avec une étole autour du cou. On faisait après ça une prière devant la statue de Saint-Quirin, saint qui était souvent invoqué pour soigner les chevaux, puis une dernière prière devant le calvaire daté de 1522 se trouvant sur le parvis, orné d’une représentation de Saint-Eloi lui aussi reconnu comme protecteur des équidés.

Cette belle tradition aurait pu perdurer, mais malheureusement une femme de Laneuveville-sous-Châtenois a perdu la vie à cause d’elle…  Lors des procès en sorcellerie qui faisaient régner la terreur sur le territoire Lorrain, cette guérisseuse a été jugée et condamnée au bûcher pour avoir soigné des chevaux de cette façon près de la chapelle. La pauvre femme nommée Henriette Desboeufs est morte brûlée… Rejoignant ainsi la liste des “sorcières” Lorraines, tout comme les pauvres femmes dont je vous avais déjà parlé dans le dossier sur Prény.

Se rendre à Dolaincourt

Si vous souhaitez visiter le chalet de la source de Sarmery, vous devrez prendre contact avec l’Office de Tourisme Ouest-Vosges qui se fera un plaisir de vous organiser une visite guidée avec Monsieur Perrot.

Il est un peu le gardien de la mémoire du secteur, c’est d’ailleurs lui qui nous a accueilli, et qui nous a donné toutes les informations nécessaires à l’élaboration de ce dossier, ainsi que l’accès aux anciennes photos que vous pouvez voir dans l’article et la vidéo. Vous pouvez retrouver son blog consacré à la source, où vous verrez plus d’anciennes photographies ainsi que l’historique complet du lieu. Il est à l’origine du magazine “La petite feuille du Pays de Châtenois” que vous pouvez vous procurer en adhérant à l’association des amis du pays de Châtenois.

Je tiens à le remercier, ainsi que l’office de tourisme mentionné plus tôt, de nous avoir aussi bien aidé afin de vous présenter au mieux cette source et son histoire. Un grand merci également à mon ami Nicolas qui a toujours d’excellentes informations sur le secteur de Neufchâteau, n’hésitez pas à vous abonner à sa page Facebook qui est très intéressante ! Merci aussi à l’abonné qui m’avait indiqué cet endroit dans un email suite à mon dossier sur le prieuré de Châtenois l’an passé, c’est grâce à Julien que nous avons découvert ce bel endroit ! J’espère que vous aimerez la visite autant que nous.

Retrouvez la Renarde en vidéo grâce à l’épisode sur la Source de Sarmery !

A ceux qui voudraient découvrir d’autres destinations n’oubliez pas de consulter la page Mappemonde de la Renarde où vous trouverez la liste à jour de mes articles classés par pays. Retrouvez Les Mystères de la Renarde sur les réseaux sociaux afin de ne manquer aucune publication : FacebookYoutubeInstagramTwitter

Si vous le souhaitez vous pouvez me soutenir grâce à uTip et Tipeee !

Et si vous ne le pouvez pas, n’oubliez pas que chaque partage des liens de mon travail, chaque like et chaque commentaire, sont une aide immense pour faire connaître mon projet, alors merci à tous !

Cet article n’est en collaboration avec personne, les propos et avis n’engagent que moi 🙂 Les images et textes ne sont pas libres de droits, ce sont mes clichés et le fruit de mes recherches et connaissances personnelles.

6